vendredi 15 juin 2012

Chaman, Galsan TSCHINAG, Métailié, 2012, 250 p.



Récit autobiographique                       

Galsan alias Dshuruk, Hassaa et leur petit-fils font route vers les steppes montagneuses du haut-Altaï au nord de la Mongolie. « C’est ainsi que j’ai décidé de retourner là où reposent ensemble les premières empreintes de me pas, inscrites sur les rides de l’Altaï, et les premiers accents de ma voix, mêlés aux vents de cette contrée. » (p.23) Dshuruk va ainsi s’installer là où vit son peuple, les Touvas, là où sont ses racines pour y vieillir près des siens. Ce récit autobiographique est une histoire de rêves et de souvenirs où le héros juge sans concession ce qu’il a été, ce qu’il est et ce qu’il a fait, ses revers et ses réussites : une espèce de monologue intérieur très profond et plein d’humilité et en même temps, une petite leçon de philosophie loin des préoccupations occidentales. A travers le Chaman, on découvre ou redécouvre les us, les coutumes et les croyances de ce peuple nomade oublié de tous. C’est beau, c’est fort, c’est profond.

lundi 11 juin 2012

La muraille de lave, Arnaldur INDRIDASON, Métailié noir, 2012, 320 p.


                              Polar islandais

Après le surprenant « Bettý », Indridason fait une nouvelle fois l’impasse avec son commissaire Erlandur Sveinsson, parti en vacances et dont on n’a aucune nouvelle. C’est un de son équipe, Sigurdur Oli, qui fera les frais de ce dernier polar qui balance entre roman de mœurs et enquête policière. La vie privée et intime du policier y est largement décrite. Pour rendre service à un ami, Sigurdur rend visite à une jeune femme dont il découvre par hasard le cadavre et il aura des difficultés à expliquer à son collègue ce qu’il faisait sur les lieux du crime. Ses recherches vont l’amener à interroger des employés de banque qui pourraient être liés à cet assassinat. On a alors droit à une petite leçon d’économie sur les banques islandaises et les taux d’intérêt pratiqués qui ont amené certaines à la banqueroute (actualité récente !)
Tout va s’imbriquer progressivement : échangisme, pédopornographie, auto-justice, blanchiment d’argent, manœuvres bancaires, magouilles, « encaisseurs »… et les petits problèmes personnels de Sigurdur. Le lecteur est alors entraîné dans une enquête finement menée.

mercredi 6 juin 2012

Le prix à payer, Lotte et Søren HAMMER, Actes Sud – Actes noirs, 2012, 460 p.



                              Polar-Thriller danois

… où on retrouve le chef de la brigade criminelle de Copenhague, Konrad Simonsen et son équipe : la Comtesse, Arne, Pauline, Poul et Malte, pour une 2ème enquête. Si j’avais bien aimé la première, « Morte la bête », cette seconde m’a déçu. La mise en place est longue, certains épisodes n’apportent rien, l’enquête piétine, le suspens tarde, la psychologie est un peu lourde et c’est deux de tension. Pourquoi rédiger 460 pages quand 300 suffiraient ? Si le sujet de « Morte la bête » était interpellant, ici rien de surprenant ni d’original ! En plus, on connaît très vite le coupable et l’intrigue se résume à « comment le coincer ! » La fin est un peu plus palpitante mais cela ne suffit pas pour avoir une appréciation plus positive. Et les auteurs ont intérêt à s’inquiéter un peu de la santé de leur personnage principal car il ne va pas faire de vieux os, même si la Comtesse y veille !

lundi 4 juin 2012

Morte la bête, Lotte et Søren HAMMER, Actes Sud – Actes noirs, 2011, 398 p.


                              Polar-Thriller danois

C’est le premier roman de deux auteurs danois, le frère et la sœur Hammer, qui ont l’ambition d’écrire une « série » de polars aux personnages récurrents : l’inspecteur Konrad Simonsen et son équipe. Il s’agit du schéma classique avec prologue, qualités, travers et défauts, vie intime des personnages importants. Tout démarre avec la découverte de cinq corps d’hommes nus, pendus et mutilés dans un gymnase. L’enquête commence lentement - les auteurs doivent camper « leurs personnages » - avec des recherches pour d’abord mettre un nom sur les cadavres anonymes. Les victimes s’avèreront être des pédophiles. L’originalité du roman réside dans une alternance des étapes de l’enquête et des interventions des criminels et plus encore dans la principale difficulté des policiers qui sera de combattre la cabale entretenue tant par les medias que par l’opinion publique concernant les faibles peines encourues par les pédophiles au Danemark, pays jugé trop laxiste. Les victimes deviennent vite des criminels et les criminels des héros que l’on soutient, mais peut-on accepter l’auto-justice ? C’est un polar agréable au suspens progressif. A lire aussi leur seconde enquête, parue en 2012 : « Le prix à payer ».

dimanche 27 mai 2012

L’œil du léopard, Henning MANKELL, Seuil, 2012, 343 p.



                             Roman psychologique et social

Ce n’est pas l’auteur de polars suédois que l’on retrouve ici mais un Mankell social et humaniste. A travers le destin d’Hans Olafson, enfant, adolescent et jeune adulte dans la Suède du nord et adulte dans une Zambie post-coloniale, c’est le portrait d’une Afrique noire de 1969 à 1988 où la cohabitation entre le Blanc et le Noir semble bien impossible.  Cette vision réaliste sans doute et sans concession pour les uns comme pour les autres interpelle le lecteur et le force à réfléchir sur la confrontation des deux cultures et son constat est implacable : « L’homme blanc n’a jamais compris l’Afrique ! ». Comme on le sait, Mankell partage sa vie entre Suède et Mozambique et on peut penser qu’il connaît bien cette partie africaine. Publié en 1990 en Suède, il sortira en 2012 ans chez nous : c’est donc une image de l’Afrique de voilà 22 ans et depuis, on peut penser que les choses et les mentalités ont sans doute évolué. C’est un roman dur, difficile mais tellement fort. 
                                                                                                                    Citations…

 - Un empire qu’on construit sur la base la plus fragile, à savoir sur l’oppression et l’aliénation, est une construction destinée à s’effondrer avant même d’être achevée. (p.129)
 - (C’est un journaliste noir qui parle) Un passé de colonisation prolongée a libéré les Africains de toute illusion. Ils connaissent l’inconstance des Blancs, leur tendance à remplacer une idée par une autre, en exigeant en plus que l’homme noir se montre enthousiaste. L’homme blanc travaille beaucoup et vite alors que l’homme noir associe l’urgence et l’impatience à un manque d’intelligence. Pour l’homme noir, la sagesse, c’est de réfléchir longuement et minutieusement… (p.163)

- (Le même journaliste noir) Tu es mon ami, dit-il. Du moins pour l’instant. Mais il est évident que mon souhait est que tous les Blancs quittent le pays. Je ne suis pas raciste, je ne parle pas de la couleur de la peau. Je vois la violence comme une nécessité, un prolongement de la douleur de mon peuple. Il n’y a pas d’autre issue. En Afrique, les révolutions sont la plupart du temps d’épouvantables bains de sang. Le combat politique est toujours assombri par notre passé et par nos traditions. Si notre désespoir est suffisamment grand, nous pouvons nous unir contre un ennemi commun pour, juste après, diriger nos armes contre nos frères, s’ils n’appartiennent pas à la même tribu que nous. L’Afrique est un animal blessé. (p.247)

dimanche 20 mai 2012

A deux pas de la mort, Pieter JAMES, Fleuve Noir, 2012, 574 p.


             Polar

Je ne me suis jamais rendu compte que les escarpins de marque à talons aiguilles de 12cm avec brides pouvaient avoir autant d’importance aux yeux de la gent féminine et faire fantasmer certains hommes. C’est pourtant le sujet de l’enquête du commissaire Roy Grace de la police de Brighton : arrêter enfin le « violeur aux chaussures » qui récidive après 12 ans d’abstinence. Une première partie un peu longuette pour la mise en scène, une seconde au suspens beaucoup plus ressenti et un va-et-vient entre 1997/1998 et « aujourd’hui » 2010 impriment le rythme à cette intrigue. Certains indices devraient d’ailleurs permettre au lecteur d’anticiper. Bien que Peter James ne renouvelle pas ici le genre polar actuel, la lecture en est néanmoins très agréable. (Je baisse à présent les yeux pour regarder les chaussures féminines... !)