jeudi 23 février 2012

PÉREZ-REVERTE, Arturo, Cadix, ou la diagonale du fou, Seuil , 2011 (760 p.)


            Roman historique, maritime, social et policier

1811 : l’Espagne est occupée par les troupes françaises et Joseph Bonaparte est sur le trône. Cadix, la libérale, tapie derrière ses remparts, résiste aux coups des canons français tirés du Trocadéro. L’intrigue est scandée par le destin de différents personnages : un policier brutal et corrompu qui tente d’arrêter l’assassin de jeunes-filles mortes torturées par une espèce de tueur en série ; un taxidermiste espion ; un médecin légiste expert aux échecs et philosophe à ses heures ; un artilleur français qui passe son temps à calculer la portée de ses obus et bombes, une jeune femme armatrice et spéculatrice qui tente de résister aux aléas de la guerre et de la mer ; un commandant corsaire prêt à risquer sa vie par amour… tout ce beau monde constitue l’univers de ce roman plus d’atmosphère qu’à suspens. Récit agréable à lire bien que l’on se perde parfois dans les états d’âme et les questions métaphysiques des uns et des autres.

mardi 14 février 2012

MONALDI & SORTI, Veritas, Plon , 2011 (667 p.)


        Roman historique

« Veritas » est d’abord un très sérieux manuel d’histoire, une espèce de chronique ou de fresque qui nous plonge dans la politique européenne de 1711. De longues (très longues) descriptions des monuments et sites de la Vienne du XVIIIè, la vie quotidienne, les intrigues et les alliances politiques, Maximilien, Soliman, Joseph Ier et tout cela dans une langue recherchée au vocabulaire pointu : c’est un récit qui brille par son érudition : 14 références musicales, 20 pages de notes et 349 références bibliographiques qui devraient ravir les amateurs d’ Histoire.
La 4ème de couverture annonce un « polar nerveux » et un « suspens irrésistible », mais, arrivé à la 170ème page, toujours rien ! Malgré l’écriture très soignée, mon impatience a été gagnée par la stagnation de l’intrigue et par un ennui profond. Sans doute aurais-je dû être un lecteur plus persévérant ?

dimanche 5 février 2012

INDRIDASON, Arnaldur, Bettý, Métailié noir, 2011 (206 p.)


           Roman noir psychologico-atmosphérique

Avec « Bettý », Indridason fait l’impasse avec son commissaire fétiche Erlandur Sveinsson. Mais le lecteur fan ne sera pas déçu parce qu’il découvre une intrigue en « je » implacable où le narrateur qui se retrouve en détention préventive pour un meurtre qu’il crie n’avoir pas commis n’arrête pas de l’interpeller : « Comment ai-je pu laisser cela se produire ! » Et moi, lecteur, je me suis pris une gifle en pleine figure (avec un « Et merde ! » retentissant ) en lisant la 1ère phrase du 18ème chapitre, p. 113 ! et en me disant « Comment ai-je pu me laisser mystifier autant par l’art de l’auteur que par celui de son traducteur pendant une moitié de roman ? » Indidason s’est imposé un « exercice de style » impeccablement réussi. Petit clin d’œil à James Cain, « Le facteur sonne toujours deux fois. » ??? En tout cas, « Bettý » est un véritable petit chef d’œuvre de roman noir.

jeudi 2 février 2012

OLLIVIER, Mikaël, Quelque chose dans la nuit, Le Passage, 2011 (335 p.)

       Polar musico psychologique

Vous connaissez « Something in the night » de Bruce Springsteen ? Eh bien! La moitié du roman tourne autour du chanteur et de ses concerts à travers l’Europe et les USA. Tous les protagonistes sont des fans vraiment accros de la star et se sont déjà retrouvés à un nombre impressionnant de ses tournées. Guillaume Le Guen, commissaire de police à Montpellier et Damien son frère, maréchal des logis, sont confrontés à la disparition (suicides, meurtres, accidents ?) de 6 personnes de leur groupe de passionnés de la star. Qui peut leur en vouloir ? Au-delà de ce mystère existe également de petites enquêtes routinières pour Guillaume. Les problèmes psychologiques des différents intervenants sont également largement évoqués. Chacun son jardin secret ! Dommage que l’éditeur n’ait pas fourni avec le livre un CD des chansons de Springsteen qui aurait pu plonger le lecteur dans le monde musical du roman. N’ayant jamais participé à un concert live, j’ai pu entrer dans ce monde inconnu (le « pit », les bracelets, les queues, l’excitation, les après concerts…). Polar original et intéressant  !

lundi 30 janvier 2012

KASISCHKE, Laura, Les revenants, Bourgois, 2011 (588 p.)

         Roman psychologique

Nicole, une élève brillante d’une université traditionnelle du Middle West, trouve la mort dans un accident de voiture. Craig, son compagnon et conducteur, s’en sort indemne, du moins physiquement, et sera renvoyé du collège. Il y reviendra pourtant un an plus tard mais il se sentira hanté par la présence de Nicole. La « sororité » Omega Théta Tau, dont Nicole était membre, lui voue un véritable culte et n’accepte pas le retour de Craig. Le récit est construit sur des voix multiples : celles de Craig, de Perry, de Shelly, de Mira, de Josie, de Karess… aux sonorités psychologiques à la limite du morbide dans un campus universitaire avec ses coutumes et ses lois. L’atmosphère est toute à l’américaine : bizutages dérangeants, anneau de promesse, pudibonderie hypocrite, fraternité et sororité, homosexualité, problèmes des grands ados lâchés dans la vie et qui tentent de se construire… Intéressant !

mercredi 25 janvier 2012

NEUHAUS, Nele, Flétrissure, Actes Sud, Actes noirs, 2011 (358 p.)


        Polar-thriller

Un vieillard est retrouvé avec une balle dans la tête. Le seul indice : une série de chiffres. Un second vieillard est découvert dans les mêmes circonstances ainsi qu’une dame âgée. Tous les trois sont des amis intimes de la baronne Vera Kaltensee et on entre ainsi dans le monde fermé de la grande bourgeoisie allemande aux secrets bien gardés et tout gravite autour de la famille Kaltensee. Le très distingué commissaire von Bodenstein et son adjointe Pia Kirchhoff vont devoir débrouiller une intrigue qui se révélera vite être un véritable sac de nœuds. Enquête palpitante aux nombreux rebondissements dans un suspens qui ne laisse aucun répit au lecteur. Sans notes, on risque de se perdre parmi tous les personnages aux relations troubles et qui ne sont pas toujours ce qu’ils croient ou prétendent être. Excellent thriller allemand !



mardi 17 janvier 2012

RACHMAN, Tom, Les imperfectionnistes, Grasset, 2011 (388 p.)

        Roman psychologique (1er roman)

« Les imperfectionnistes », c’est 11 chapitres qui retracent les mésaventures de personnages incompétents, maladroits, inconscients, abonnés à l’infortune, qu’on a envie de plaindre, de consoler, de réveiller… Ces espèces de nouvelles centrées chacune sur un personnage précis ont un point commun : un quotidien (anonyme) international américain basé à Rome et chaque chapitre se termine par un épisode de l’histoire (en italique) de ce quotidien pas du tout rentable mais auquel son fondateur et ses successeurs tiennent par-dessus tout. Les personnages, ces « chiens écrasés », sont extrêmement bien typés tant dans leur personnalité que dans leurs relations professionnelles. L’écriture est fluide et le style ciselé. C’est un roman à rire et à pleurer, très agréable et original.